Musique et numérique: choisir son modèle

LE SOLEIL  – Québec – Publié le 13 juin 2015 à 05h00 | Mis à jour le 13 juin 2015 à 05h00

La valeur de l’art à l’ère du numérique

SOLEIL

 Rafael Perez, fondateur de la compagnie de disques Coyote Records

(Québec) Le virage numérique secoue la sphère musicale depuis une quinzaine d’années. Entre des consommateurs friands de téléchargements – légaux ou non – et avides de gratuité et une industrie qui cherche à se renouveler, l’offre de musique n’a jamais été aussi grande… et aussi difficile à rentabiliser. Alors que la crise du disque alimente l’inquiétude des uns et les spéculations des autres, rencontre avec des joueurs qui réussissent à hauteur d’homme à tirer leur épingle du jeu.

Coyote Records: rejoindre le public et se démarquer

Rafael Perez a fondé l’étiquette Abuzive Muzik, maintenant baptisée Coyote Records, il y a bientôt 10 ans, alors que l’industrie musicale avait vécu de bien meilleures années. Des disques, il avoue candidement n’en avoir jamais vendu beaucoup… L’argent se trouve ailleurs, et le producteur l’a vite compris.

«Les disques sont peut-être notre dernière source de revenus», précise Perez, dont la compagnie demeure ancrée à Québec et compte notamment dans ses rangs les Karim Ouellet, Claude Bégin, Marième, Klô Pelgag, Alfa Rococo et Cie. «Notre modèle est plutôt basé sur la mise en valeur de nos artistes, sur la diffusion et le spectacle, ajoute-t-il. C’est là que se trouve le rendement. Mais en même temps, tu n’es pas diffusé si tu n’as pas d’album…»

Si son entreprise produit des disques, Rafael Perez ne se montre aucunement frileux devant les sites de diffusion en continu, dont il est lui aussi utilisateur. «On entend dire que le streaming tue la musique, lance-t-il. Moi, j’ai l’impression que c’est le prochain modèle qui va être rentable.» Reste maintenant à trouver comment chacun réussira à obtenir sa juste part du gâteau. «Il y a un pan où on perd de l’argent, mais ce pan est en mutation. Il est un peu tôt pour tirer des conclusions là-dessus», estime celui qui voit néanmoins l’avenir avec optimisme. «On parle de la crise du disque, je parlerais plus d’une crise commerciale généralisée dans laquelle la musique tire tranquillement son épingle du jeu en créant de nouveaux modèles et de nouvelles habitudes, résume-t-il. C’est sûr qu’on est loin des années fastes où l’argent coulait à flots. Mais il y a encore moyen de bien gagner sa vie en musique. Il faut rejoindre le public et savoir se démarquer.»

Donner le choix

Quand une grande partie des consommateurs téléchargent la musique ou achètent des disques pour mieux les transférer sur des lecteurs numériques, à quoi bon continuer de produire des CD? La question se pose peut-être encore davantage pour les disques vinyles, qui tablent certes sur un regain de popularité, mais qui coûtent cher à produire – entre 8 et 12 $ l’unité, selon Rafael Perez – et qui sont loin de toujours faire résonner les tiroirs-caisses.

«Il faut donner l’option, tranche le producteur. Il y a encore du monde qui veut un vinyle ou un CD parce que c’est dans leurs habitudes. Et il y a les audiophiles qu’il ne faut pas oublier. Le spectre des propositions s’est élargi. On peut écouter en streaming, on peut acheter du MP3, on peut, si on veut une qualité sonore supérieure, aller vers le vinyle ou le CD. Ça fragmente les revenus, mais ça ne les fait pas nécessairement disparaître.»

 

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