De la transparence dans l’industrie de la musique

Transparence : Propriété qu’a un corps, un milieu, de laisser passer les rayons lumineux, de laisser voir ce qui se trouve derrière. Luminosité, clarté de l’atmosphère. Qualité d’une personne dont les pensées et les sentiments sont faciles à comprendre, à deviner. Qualité de ce qui est facilement compréhensible, intelligible. Synonyme de clarté, limpidité.

Ces mots m’apaisent. Ils me font rêver d’un monde où la transparence serait la règle appliquée dans toutes les structures associatives ou commerciales formant notre industrie et les sociétés de gestion collective au coeur de celle-ci. Un monde où des accords clairs nous liant les uns aux autres, des relevés détaillés nous informant sur la nature et la quantité des transactions, seraient rédigés, transmis et partagés en toute transparence. À l’ère du big data, c’est techniquement possible mais en réalité une pratique aussi limpide ne va pas de soi.

Capture d’écran de la Vidéo Une

Passé Composé

À mes débuts, la gestion du droit d’auteur était aussi opaque qu’un Vinyle 180 grammes.

Dans le dernier contrat de disques conclu avec une Major il y a 20 ans, l’article 8 « Redevances Phono » commençait ainsi :

En contrepartie de la concession des droits exclusifs attachés aux Enregistrements Phonographiques objet du présent contrat et dans l’hypothèse d’une exploitation commerciale des dits Enregistrements, la SOCIETE s’engage à verser

4 000 mots, 20 000 caractères pour décrire les nombreux abattements applicables et cumulables (BIEM, pub TV, territoires, langues, supports, nouvelles technologies, clubs, jukebox, compilations, ventes par correspondance, les causes multiples de réduction des taux, les inévitables déductions de frais, les fatales exonérations pour free goods, soldes, ristournes, retours et autres ventes budget, sans parler du streaming et du téléchargement déjà dans le texte. Dix pages de contrat où l’on t’explique comment transformer un taux de redevances raisonnable en pitance déloyale. Un seul article parmi des dizaines d’autres, 25% plus long que mon billet « La musique en ligne c’est payant ? Oui quand même » (3 000 mots/15 000 caractères) qualifié de « trop long » par plusieurs internautes ! Entre les relevés de droits d’auteur nébuleux et les contrats de disques alambiqués, au XX ème siècle, la transparence n’était pas de mise.

Conditionnel Présent

Actuellement, je suis membre de 7 sociétés de gestion collective (en tant qu’auteur, compositeur, éditeur, interprète, musicienne et producteur) dans 3 pays, elles-mêmes associées à différents portails de services spécialisés et regroupées au sein de confédérations professionnelles, nationales, régionales ou internationales. Je travaille avec 1 distributeur numérique indépendant pour le monde et 2 distributeurs de produits physiques sur 2 continents. J’écris des chansons depuis l’adolescence, mon treizième album studio vient tout juste de sortir, et toute ma discographie est disponible en ligne sur les principales plateformes d’écoute et sur YouTube. De nos jours, le mot transparence est un « élément de langage » incontournable dans les discours propagés sur l’industrie. Promise ou réclamée, la transparence s’invite partout. Grande copine de la bonne foi et des bonnes intentions, la transparence devrait permettre à tous d’accéder à toutes les données existantes. Or la transparence a quelques ennemis.

  • Les sociétés de gestion collectives de droits d’auteur sont mandatées pour collecter dans leur pays toutes les sommes dues aux ayants-droits y compris celles dues aux membres des sociétés étrangères. Les revenus sont transmis mais le data se perd en chemin et sur un relevé d’auteur, les revenus en provenance de l’étranger ne sont pas ou très peu documentés. La transparence is lost in translation.
  • Le streaming génère des milliards de transactions. Celles-ci sont analysées et traitées par des logiciels ultra-sophistiqués sensibles aux failles dans la documentation des œuvres. Un code ISRC erroné, un numéro ISWC manquant, une faute dans le titre de la chanson, le nom d’un artiste écorché, et toute la séquence permettant l’acheminement des revenus aux ayants-droits peut s’enrayer. La transparence is lost in transaction.
  • Dans ce milieu très compétitif, le data est d’or et cet or passe entre les mains d’intermédiaires dont l’existence dépend de leur indispensabilité. Et pour se rendre indispensable il faut pouvoir ou savoir faire ce que l’autre ne peut pas ou ne sait pas faire. Avoir le data que l’autre n’a pas. La transparence is lost in the middleman
Un film de Kobalt

Futur Simple

La transparence a aussi beaucoup d’amis.

  • Nos sociétés de gestion collectives bien sûr même si la collaboration entre elles n’est pas toujours harmonieuse, elle tend à le devenir.
  • IDOL, mon distributeur numérique, dont le portail, à la fine pointe de l’innovation, permet de suivre au jour le jour, à la chanson près et sur toutes les plateformes du monde entier, l’évolution des revenus générés par l’exploitation en ligne de tout mon catalogue.
  • Les nouveaux modèles « millénaires » de gestion globale de droits. La société Kobalt fondée par Willard Ahdritz en 2000 en est un très bon exemple. Il s’est donné pour mission, ce sont ses mots : « de rendre l’industrie de la musique plus juste et plus enrichissante pour les créateurs. Donner aux artistes, aux auteurs-compositeurs, aux musiciens, aux labels et aux éditeurs la liberté et la transparence nécessaires à leur carrière. » Une expérience à suivre.
  • Les artistes de la nouvelle génération, nés avec l’Internet aiment la transparence. Ils n’ont pas connu l’obscurantisme de l’industrie traditionnelle. Ils ont l’esprit et le talent pour refaire le monde. Certains ont tout compris. Le partage n’exclut pas le contrôle. Ils sont chefs d’entreprise et s’entourent de personnes compétentes. Ce sont eux qui ont inventé le streaming après tout ! Ni les Majors, ni les sociétés de gestion collective centenaires en ont eu la moindre idée avant l’ère du piratage. Toutes les critiques infondées sur le streaming sortent de nos bouches à nous les anciens. Laissons faire les jeunes. Encourageons-les en évitant de les traumatiser avec nos vieilles obsessions. Ils sauront s’inventer ce système plus équitable qui leur conviendra. Avant, c’était différent. Ni pire ni mieux. Tous ceux qui reviennent avec nostalgie larmoyante sur l’âge d’or d’une industrie « avec support physique » n’y étaient pas ou ont oublié à quel point c’était galère pour nous autres artistes. Si nous sommes devenus indépendants, ce n’est pas parce que nous voulions gagner plus d’argent. Certainement pas, y’a beaucoup plus rentable que la musique. Nous voulions être libres, respectés et heureux dans nos bottes.
  • La transparence a beaucoup de nouveaux amis experts en data comme… DDEX, le data, la transparence, c’est très tendance 🙂
Un film DDEX – Universal

La transparence commence par une bonne documentation de nos oeuvres. Aucun organisme, aucune société de gestion, aucun Label ne peut honnêtement exercer son expertise s’il ne possède pas les bonnes informations. Il s’agit donc de non seulement déclarer minutieusement son travail mais de vérifier constamment si les données transmises ou partagées sont justes. Je milite pour que la documentation concernant nos oeuvres soient conservée précieusement par nos gestionnaires. Je milite pour que la transparence soit le seul mot d’ordre. Je milite pour que l’artiste soit non seulement à la source de tous les contenus mais au sommet de la chaine alimentaire.

Un film de Kobalt

Pour aller plus loin, voici quelques adresses de portails spécialisés dans la gestion du droit en ligne et autres organismes en lien avec notre sujet

N’hésitez pas à proposer d’autres points de vus « transparents » et d’autres liens éclairants 🙂

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